🎉 Je Suis Comme Le Roi D Un Pays Pluvieux
Voiciquatre problématiques possibles à l’ oral de français sur le poème « Spleen IV » de Baudelaire. Pour rappel, je vous ai proposé le plan de commentaire suivant pour « Spleen » : I – La description d’un état moral. II – Les caractéristiques du spleen baudelairien. III – Une souffrance insurmontable.
Lécrivain en traducteur Pour introduire la matière de cet exposé, il peut être éclairant d’évoquer ce célèbre tableau de Magritte, La trahison des images, sur lequel figure une pipe accompagnée de la légende : « Ceci n’est pas une pipe ». Par analogie, ce n’est pas ici, contre l’attente suggérée par le nom, Hugo Claus l’éminent écrivain au panthéon des lettres
Spleen(Je suis comme le roi) Je suis comme le roi d’un pays pluvieux, Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux, Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes, S’ennuie avec ses chiens comme avec d’autres bêtes. Rien ne peut l’égayer, ni gibier, ni faucon, Ni son peuple mourant en face du balcon. Du bouffon favori la grotesque ballade Ne distrait
Apost shared by Matt Palmer (@mattpalmerphoto) 2. La Russie. Facile à deviner, la Russie est le pays le plus froid, avec des régions comme
Période: 19e siècle. Je suis comme le roi d’un pays pluvieux, Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux, Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes, S’ennuie avec ses chiens comme avec d’autres bêtes. Rien ne peut l’égayer, ni gibier, ni faucon, Ni son peuple mourant en face du balcon. Du bouffon favori la
Jesuis comme le roi d'un pays pluvieux, Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très-vieux, Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes, S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes. Rien ne peut l'égayer, ni gibier, ni faucon, Ni son peuple mourant en face du balcon. Du bouffon favori la grotesque ballade Ne distrait plus le front de ce cruel malade ; Son
Spleen: Je suis comme le roi d'un pays pluvieux; Spleen : Pluviôse, irrité contre la ville entière; Spleen : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle; Sur Le Tasse en prison; Tous imberbes alors, sur les vieux bancs de chêne; Tout entière; Tristesses de la lune; Tu mettrais l'univers entier dans ta ruelle; Un voyage à Cythère
Jesuis comme le roi d’un pays pluvieux, Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très-vieux, Qui de ses précepteurs méprisant les courbettes, S’ennuie avec ses chiens comme avec d’autres bêtes. Rien ne peut l’égayer, ni gibier, ni faucon, Ni son peuple mourant en face du balcon. Du bouffon favori la grotesque ballade
Français: Enregistrement audio du texte « Spleen - Je suis comme le roi d'un pays pluvieux » de Charles Baudelaire (publié dans Les Fleurs du Mal en 1868). Enregistré dans le cadre de Thalie Envolée. Crédits : Écrivain :
9raMc. Je suis comme le roi d’un pays pluvieux,Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux,Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes,S’ennuie avec ses chiens comme avec d’autres ne peut l’égayer, ni gibier, ni faucon,Ni son peuple mourant en face du bouffon favori la grotesque balladeNe distrait plus le front de ce cruel malade ;Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau,Et les dames d’atour, pour qui tout prince est beau,Ne savent plus trouver d’impudique toilettePour tirer un souris de ce jeune savant qui lui fait de l’or n’a jamais puDe son être extirper l’élément corrompu,Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,Il n’a su réchauffer ce cadavre hébétéOù coule au lieu de sang l’eau verte du Léthé.
RĂ©sumĂ© du recueil plan schĂ©matique des Fleurs du Mal AU LECTEUR Dans ce poème liminaire des Fleurs du mal, la dimension mĂ©taphysique du livre apparaĂ®t sans Ă©quivoque. L'homme est enfoncĂ© dans le pĂ©chĂ©. Satan triomphe en ce bas monde. 1. SPLEEN ET IDÉAL Le plan vĂ©ritable est assurĂ©ment l'inverse idĂ©al et spleen. Quoiqu'il en soit, les deux postulations de l'homme sont ici affirmĂ©es. Comment Ă©chapper au Mal ? Par l'art C'est pour Baudelaire la voie la plus sĂ»re. On a pu y distinguer trois mouvements grandeur du poète de I Ă VI, misère du poète de VII Ă XIV, son idĂ©al de beautĂ© XVII Ă XXI. Sans doute serait-il imprudent de trop systĂ©matiser les poèmes XV Don Juan aux Enfers et XVI Châtiment de l'orgueil n'ont rien Ă voir avec la mission du poète. Et le dĂ©tail lui-mĂŞme n'est pas simple la Vie antĂ©rieure XII n'exprime pas la misère » du poète mais, au passĂ© et ailleurs il est vrai, un monde de beautĂ© ; l'Homme et la Mer XIV n'entre guère mieux dans le schĂ©ma, en ce qu'il a de rigide. Mais il reste vrai que le thème du poète et de la poĂ©sie sous-tend la première partie de Spleen et idĂ©al. Par l'amour de XXII Ă LXIV. Les poèmes sont rĂ©partis en quatre cycles. Ils constituent l'ensemble le plus cohĂ©rent et le plus nombreux plus de la moitiĂ© de SPLEEN ET IDÉAL. Or ces deux tentatives pour Ă©chapper au Mal aboutiraient en somme Ă un Ă©chec, l'Ă©chec de l'idĂ©al» et la rencontre du spleen » annoncĂ© sous le nom d' ennui » dans l'avis AU LECTEUR. L’ensemble constituĂ© des poèmes LXV Ă LXXXV ne prĂ©sente pas, du moins au dĂ©but, une cohĂ©sion très rigoureuse. Par exemple Les Chats », malgrĂ© leur aspect nocturne, ne semblent pas inspirĂ©s par le dĂ©sespoir. Mais le thème du spleen apparaĂ®t vite, pour atteindre une exceptionnelle vigueur dans les quatre poèmes qui en ont empruntĂ© le nom comme titre LXXV, PluviĂ´se irritĂ©... » ; LXXVI, j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans... » ; LXXVII, Je suis comme le roi d'un pays pluvieux... » ; et LXXVIII, Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle... ». Cependant les pièces de la fin, d' Obsession » Ă l'HĂ©autontimoroumĂ©nos », l’irrĂ©mĂ©diable » et L’Horloge » apparaissent comme autant de ramifications du thème, sous les formes les plus dĂ©sespĂ©rĂ©es. Et de la sorte l'aspect mĂ©taphysique du triomphe du mal, qu'annonçait l'avis AU LECTEUR, trouve ici son illustration Ă©clatante. A "Spleen et idĂ©al", qui semble exprimer surtout l'expĂ©rience personnelle de Baudelaire, succèdent des chapitres plus courts qui Ă©voquent, dans une suite de domaines particuliers, l'expĂ©rience universelle TABLEAUX PARISIENS, LE VIN, FLEURS DU MAL, RÉVOLTE, LA MORT. 2. TABLEAUX PARISIENS Second chapitre du recueil, c'est la tentative et sans doute aussi l'Ă©chec de la communion humaine, dans le cadre de la ville. Ici se manifestent une inspiration sociale, et les trĂ©sors de charitĂ© que recelait l'âme du poète, mais aussi ce sentiment très neuf et très moderne la solitude des hommes et surtout des plus misĂ©rables d'entre eux dans l’illusoire communautĂ© urbaine. 3. LE VIN A la diffĂ©rence des TABLEAUX PARISIENS», reprĂ©sente, si l'on considère la date des poèmes, un groupe fort ancien. Sa signification a sans doute Ă©voluĂ© dans l'esprit du poète. Dans le contexte de la rĂ©volution de 1848 et sous l'influence du socialisme de Fourier 1, le vin est pour le peuple qui travaille et ui mĂ©rite d'en boire». Par la suite, il est peu Ă peu associe Ă la catĂ©gorie des paradis artificiels» et devient dans l'Ă©dition de 1861, selon Ruff 2, un des efforts dĂ©sordonnĂ©s et condamnables de l'homme pour Ă©chapper aux exigences de sa condition ». 4. FLEURS DU MAL Sans l'article et dans le sens le plus strict, cette section constitue le quatrième chapitre et marquerait, selon Antoine Adam 3, non l'aboutissement d'une logique intĂ©Ârieure, mais les jeux d'un artiste se plaisant Ă pousser jusqu'Ă l'excès les audaces d'un certain romantisme scandaleux». LĂ se trouvaient en effet, dans i'Ă©dition de 1857, la plupart des pièces gui furent condamnĂ©es lors du procès. On y voit fleurir les formes du romantisme macabre et du vampirisme chères Ă ThĂ©ophile Gautier. Elles tĂ©moignent, de la part de Baudelaire, d'une forte dose de provocation. Sur Fourier, voir la note, p. 14. Cette valeur rituelle du vin est rĂ©appa rue en mai 1968. M. A. Ruff, Baudelaire, Paris, Éd. Hatier, coll. Connaissance des Lettres •, p. 117. Antoine Adam, Ă©dition des Fleurs du Mal, Paris, Éd. Garnier, p. 408. 5. RÉVOLTE Ce cinquième chapitre pose, par l'ambiguĂŻtĂ© des trois poèmes qui le composent, un problème très important pour la structure des Fleurs du Mal. Que la rĂ©volte soit proposĂ©e comme un moyen offert Ă l'homme de dĂ©passer sa condition misĂ©rable, ce n'est pas douteux. C'est mĂŞme la proposition que lui fit Satan au dĂ©but de la Genèse. La question est de savoir si Baudelaire approuve ou non. Or le Reniement de saint Pierre CXVIII Ă©tablit que le refus d'utiliser la violence n'a pu aboutir qu'Ă la mort, donc Ă l'Ă©chec, de JĂ©sus. Aussi le poète s’écrie PuissĂ©-je user du glaive et pĂ©rir par le glaive ! Saint Pierre a reniĂ© JĂ©sus... il a bien fait ! L'accusation de blasphème a d'ailleurs Ă©tĂ© profĂ©rĂ©e lors du procès, mais aucun des trois poèmes n'a Ă©tĂ© condamnĂ©. Quelle pouvait ĂŞtre la pensĂ©e de Baudelaire ? Elle a pu Ă©voluer entre le moment de la composition avant 1852 et, a-tÂon remarquĂ©, dans le dĂ©goĂ»t qu'inspiraient au poète la politique de Louis-NapolĂ©on et la passivitĂ© du peuple et le moment oĂą l'Ĺ“uvre est entrĂ©e dans l'architecture des Fleurs du Mal. C'est ce dernier point qui dans l'immĂ©diat nous intĂ©resse, mais on ne peut l'isoler tout Ă fait. Il va de soi que Baudelaire n'exprime pas sa rĂ©volte, mais la rĂ©volte, celle de l'humanitĂ© tout entière, et qu'il ne pose pas seulement le problème de sa lĂ©gitimitĂ©, mais aussi de son efficacitĂ©. A l'avant-dernière place {juste avant LA MORT, RÉVOLTE prend nĂ©cessairement, dans l'ordonnance de l'ensemble, une très grande importance. L'essentiel n'est pas de savoir si Baudelaire blâme ou approuve et c'est pourquoi il a peu protestĂ© contre l'accusation de blasphème. L'essentiel, c'est que la rĂ©volte est en somme prĂ©sentĂ©e comme une fausse sortie. La seule issue qui nous est offerte pour Ă©chapper Ă un monde vouĂ© au mal, c'est la mort. 6. LA MORT Dans ce sixième et dernier chapitre des Fleurs du Mal , la mort est donc saluĂ©e sans horreur. Le poème intitulĂ© "La Mort des amants" est mĂŞme d'une Ă©trange douceur, que l'emploi du dĂ©casyllabe Ă hĂ©mistiches Ă©gaux 5+5 rend insolite dans les Fleurs du Mal. Les autres morts», sans omettre l'allĂ©gorique Fin de la journĂ©e, ne sont pas d'un accent sensiblement diffĂ©rent. Dernier poème du chapitre- et du livre -le Voyage semble nous imposer un long dĂ©tour il redĂ©ploie en effet toutes les formes du spleen et le spectacle ennuyeux de l'immortel pĂ©chĂ©. Mais on saisit les raisons le poète reproduit dans ce finale, avec une sorte d'accĂ©lĂ©ration, les thèmes majeurs de la symphonie. Et l'orchestration est magistrale toutes les Ă©tapes du voyage se rĂ©vèlent aussi vaines que les motivations qui l'ont provoquĂ©, toutes sauf une, la dernière, la mort. Seule la mort dĂ©livre de l'ennui. Les deux magnifiques qua trains par lesquels s'achève le Voyage nous donnent la conclusion logique des Fleurs du Mal en nous exhortant Ă plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau ! Telle est la structure voulue par le poète. Certes, dans le dĂ©tail, les contradictions abondent, mais on peut dire que, dans l'univers de Baudelaire, elles sont en quelque sorte lĂ©gitimĂ©es. Le poète est bĂ©ni - et il est maudit ; l'homme est en proie au spleen - et Ă l'idĂ©al ; la femme est animal - et ange ; notre monde est sollicitĂ© par l'Enfer - et par le Ciel. Selon Baudelaire, il y a dans l'homme, Ă toute heure, deux postulations simultanĂ©es, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan... » Il s'agit lĂ d'une affirmation capitale, qui va bien au-delĂ du problème de la structure des Fleurs du Mal. Mais elle Ă©claire ce problème, ainsi que beaucoup d'autres. II- Analyse des Fleurs du mal â–ş Une dualitĂ© entre la boue et l'or qui se conclut par "la mort" Baudelaire a souvent insistĂ© sur la nĂ©cessitĂ© de lire Les Fleurs du Mal comme un itinĂ©raire organisĂ© selon une visĂ©e explicite ; ainsi, loin de voir le recueil comme un rassemblement de pièces Ă©parses, il convient d’en saisir l’architecture signifiante en six sections successives qui sont comme autant de stations Spleen et idĂ©al », la plus longue, ouvre sur les Tableaux parisiens », puis ce sont les groupements plus courts Le Vin », Fleurs du mal », RĂ©volte » et le mouvement conclusif La Mort ». Ă€ vrai dire, on a depuis fort longtemps pu analyser cette construction selon un mouvement ternaire s’ouvrant sur la polaritĂ© essentielle entre spleen et idĂ©al, entre un enlisement dans la boue et une tension vers l'or, cherchant ensuite dans des paradis artificiels une Ă©chappatoire que seule la mort semble en mesure d’offrir au poète. En effet, ce qui fonde l’assise du recueil constitue ce que l’on a nommĂ© la double postulation baudelairienne, c’est-Ă -dire le combat incessant dans le sujet entre le spleen, terme anglais signifiant l’enlisement de l’être dans une rĂ©alitĂ© dĂ©cevante, rĂ©gie par l'ennui et provoquant sa dĂ©tresse, et l’idĂ©al d’une Ă©lĂ©vation vers la spiritualitĂ©. Baudelaire a ainsi mis au jour cette part essentiellement duelle de l’homme, Ă©cartelĂ© entre Dieu et Satan, qui subsume les autres oppositions entre la boue et l'or, entre rĂ©alitĂ© et paradis, sensibilitĂ© exacerbĂ©e et soif pure de l’âme, BeautĂ© scindĂ©e entre une part transitoire et une autre, Ă©ternelle. La double postulation initie donc une figure du poète fondamentalement Ă©clatĂ©e, et cette dĂ©chirure d’ordre mĂ©taphysique ne se trouve nullement rĂ©solue, mais bien plutĂ´t aggravĂ©e par Les Fleurs du Mal ; Ă l’image de l’homme, l’œuvre ne saurait opter pour un parti dĂ©finitif et, lĂ oĂą un Pascal pariait pour Dieu, Baudelaire laisse la question dans son suspens, en plaçant la mort, synonyme d'inconnu, comme l’ultime horizon de son itinĂ©raire poĂ©tique. â–ş A quel mouvement littĂ©raire se rattachent Les fleurs du mal ? Sans doute serait-il naĂŻf de s’étonner de la persistance dans Les Fleurs du mal de quelques souvenirs romantiques de Hugo, et plus encore du mouvement parnassien, en particulier de ThĂ©ophile Gautier auquel le recueil est d'ailleurs dĂ©diĂ©. Il y a bien des tentations parnassiennes, dans nombre de pièces voir La BeautĂ© », qui attestent l’exigence jamais dĂ©mentie d’un art scrupuleux et exactement ciselĂ© ; bien des motifs aussi qui entrent en rĂ©sonance avec ceux mis Ă l'honneur par les romantiques l’ennui, le ton Ă©lĂ©giaque, l'insatisfaction de l’âme qui va jusqu’à souhaiter la mort. NĂ©anmoins, l'affirmation de la puissance fĂ©dĂ©ratrice du gĂ©nie, capable d’exprimer l’infini dans l’espace dĂ©limitĂ© de l'Ĺ“uvre, relève dĂ©jĂ d’une rĂ©flexion qui, pour ĂŞtre partagĂ©e par d’autres grands romantiques, manifeste cependant une hauteur de vue plus intĂ©ressante, parce qu’elle va dĂ©cider chez Baudelaire de la fameuse thĂ©orie des correspondances qui autorise un mouvement d’élĂ©vation vers l’idĂ©alitĂ©, fondĂ© sur l’intuition d’une profonde unitĂ© du monde. En revanche, Baudelaire se sĂ©pare radicalement du romantisme par sa poĂ©tique de la contre-nature ; en effet, la nature constitue pour lui un lieu viciĂ© de toute Ă©ternitĂ©, car marquĂ© indĂ©fectiblement du sceau du PĂ©chĂ© originel. C’est pourquoi l’art s’affirme essentiellement comme une protestation Ă l’égard de celle-ci ; d’oĂą le mouvement rĂ©current dans Les Fleurs de la fuite le voyage, de l’élĂ©vation spirituelle hors de la matière, d’une quĂŞte de l’artifice dont les parfums et les diverses formes d’art et d’ivresse attestent l’urgence. Dès lors, la reconnaissance par le poète de ce qu’il appelle le bizarre » se lit comme un Ă©cart par rapport aux reprĂ©sentations trop stables de la poĂ©sie romantique conventionnelle, comme l’espace indĂ©terminĂ© d’un mystère oĂą s’invente une nouvelle conscience poĂ©tique qu’entend fixer le langage. â–ş La modernitĂ© poĂ©tique de Baudelaire La double postulation baudelairienne transforme donc l’écriture en une vĂ©ritable expĂ©rience, c’est-Ă -dire en une Ă©preuve qui engage entièrement le sujet. Loin toutefois de se perdre dans un vague Ă l’âme effaçant les contours de la parole dans un halo sentimental, l’exigence Ă©noncĂ©e par Baudelaire d'une permanente coexistence du poète et du critique souligne la rigueur avec laquelle il conçoit la crĂ©ation, et la volontĂ© de perfection formelle qui le place en digne hĂ©ritier de la prosodie classique. Ă€ vrai dire, hormis quelques innovations romantiques le dĂ©placement des coupes Ă l’intĂ©rieur du vers ou l’utilisation, dans Harmonie du soir », de la forme du pantoum, l’attachement Ă l’alexandrin et au sonnet n’introduisent pas les bouleversements formels qu’il incombera Ă Rimbaud d’initier. C’est donc surtout sur le plan thĂ©matique que l’influence baudelairienne est la plus importante en effet, le titre mĂŞme de Fleurs du Mal inscrit la possibilitĂ©, jusque-lĂ impensable, de faire de la laideur un objet esthĂ©tique. Saisissant dans le mal, et plus gĂ©nĂ©ralement dans le quotidien de la grande ville, une inĂ©dite beautĂ©, Baudelaire rompt en visière avec toute une poĂ©sie de la joliesse » ouvrant ainsi le poème Ă l’Autre, Ă ce qui semblait en ĂŞtre le plus Ă©loignĂ©, et inaugurant ainsi une poĂ©sie urbaine, une poĂ©sie du non-poĂ©tique », symbolisĂ©e par un poème tel La Charogne », qui fera date et s’imposera comme la voix majeure de la poĂ©sie contemporaine. ConjuguĂ©e Ă ce retournement majeur, la poĂ©tique du mouvement et du transitoire qui saisit, dans Ă€ une passante », l'unicitĂ© d’un ĂŞtre qu’elle fixe dans son furtif passage, marque l’avènement d’une nouvelle conception de la poĂ©sie le poème est maintenant compris comme le lieu de l’affrontement de l’être au dehors, quel qu’il soit, Ă travers le magistère de l’imagination dont le poète affirmera dans ses CuriositĂ©s esthĂ©tiques qu’elle constitue la reine des facultĂ©s ». Au bout du compte, la position mĂ©taphysique ambiguĂ« de Baudelaire manifeste que la seule possibilitĂ© demeure dans le recours Ă l’inconnu pour trouver du nouveau ! » derniers mots du recueil qui affirment que le poème, comme l’écrit Y. Bonnefoy, fait signe vers l’extĂ©rieur absolu » et que, si la mort constitue bien la suprĂŞme puissance, c’est moins selon un dĂ©sespoir tout romantique, que par la lumière qu’elle confère au poème, offrant au regard son acuitĂ© prĂ©cisĂ©ment parce qu’elle le menace. Avec Baudelaire, la poĂ©sie Ă©lit la finitude comme centre, et amorce cette mise en question du divin qu’elle ne va cesser d’arpenter. Aricles liĂ©s aux Fleurs du mal de Charles Baudelaire Les Fleurs du Mal de Baudelaire, thèmes principaux du recueil Lecture analytique Invitation au Voyage de Charles Baudelaire Le spleen de Paris, analyse du poème en prose "Le vieux Saltimbanque" de Charles Baudelaire
Je suis comme le roi d'un pays pluvieux, Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très-vieux, Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes, S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes. Rien ne peut l'égayer, ni gibier, ni faucon, Ni son peuple mourant en face du balcon. Du bouffon favori la grotesque ballade Ne distrait plus le front de ce cruel malade; Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau, Et les dames d'atour, pour qui tout prince est beau, Ne savent plus trouver d'impudique toilette Pour tirer un souris de ce jeune squelette. Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu De son être extirper l'élément corrompu, Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent, Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent, Il n'a su réchauffer ce cadavre hébété Où coule au lieu de sang l'eau verte du Léthé.
je suis comme le roi d un pays pluvieux